L’hypnose dentaire pour faciliter les soins au fauteuil

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peur dentiste hypnose
Patients phobiques, douleurs aiguës, ou simplement « stress du fauteuil », l’hypnose dentaire est l’outil relationnel parfait pour faciliter les soins dentaires.

Si vous pensez que l’hypnose ne sert qu’à transformer des chroniqueurs en ânes, ou bien qu’elle n’est tout simplement qu’une supercherie de spectacle, c’est que vous n’avez pas essayé l’hypnose dentaire ! De plus en plus de dentistes se forment à l’hypnose pour aider leurs patients à vivre idéalement leur session de soins, tant sur le plan psychologique que physiologique. Non seulement l’hypnose aide à résoudre la stomatophobie, mais elle aide aussi à potentialiser les soins et à réduire les suites opératoires avec beaucoup d’efficacité.

Dentaly.org vous présente aujourd’hui les particularités de l’hypnose dentaire, à qui elle s’adresse, et comment se déroule une session au cabinet.

Qu’est-ce que l’hypnose dentaire ?

Plus généralement, l’hypnose médicale est un état psychologique dans lequel un sujet arrive à faire abstraction de la réalité, sans être endormi. C’est un état modifié de la conscience, mais pas un état altéré comme avec l’anesthésie générale.

Cet état psychologique est atteint grâce à l’intervention d’une personne formée à l’hypnose médicale, qui aide, par sa voix mais aussi par un ensemble de faits et gestes paraverbaux (comme des gestes lents, des couleurs douces dans l’environnement, un regard posé…), le patient à « débrancher » de la réalité des soins.

L’hypnose conversationnelle moderne

A travers l’histoire, différentes formes d’hypnose ont été testées dans le milieu médical, pour pouvoir procéder à des interventions médicales plus ou moins délicates.

Hypnose traditionnelle et suggestions à l’impératif

Les « ordres » étaient donnés directement au patient, par une position dominante du praticien. C’est cette forme d’hypnose que l’on peut voir aujourd’hui dans les spectacles : « Vous écoutez ma voix, rien que ma voix, et à 3 vous dormirez ».

Non seulement le patient peut ne pas être sensible à cette forme d’hypnose et n’en retirer aucun bénéfice, mais cette position « donneur d’ordre » n’est pas respectueuse de la relation médicale médecin-patient.

Hypnose ericksonienne

Du nom du psychiatre qui l’a mise au point, cette forme d’hypnose est basée sur la conversation avec le patient. Il s’agit d’utiliser les ressources de l’inconscient du patient, avec ses spécificités, liées à son histoire et à ses conditions de vie, ses émotions. C’est sur ces bases-là que va se développer la nouvelle hypnose dont on se sert aujourd’hui au cabinet dentaire.

La nouvelle hypnose

C’est la forme d’hypnose la plus récente (fin des années 1980), et c’est celle qui est la plus centrée sur les particularités du patient en amont et en aval du soin. Il s’agit d’interroger le patient sur ses attentes, ses besoins, mais aussi ses plaisirs, ses « rêves », afin de le guider de façon très personnalisée vers un état de bien-être et de relaxation confiante. C’est le patient qui va avoir recours à son inconscient, pour choisir « l’objet de la pensée » qui va l’aider à se relaxer.

Comme l’explique le Professeur Vianney Descroix, à propos d’un patient qui avait un tatouage de dragon sur le bras : il s’agissait de proposer au patient un voyage sur le dos d’un dragon; le patient avait l’air un peu surpris voire réticent, mais quand le médecin lui dit « Vous pouvez choisir exactement la forme, la couleur, et les attributs du dragon », à ce moment-là, le patient a décroché du réel et s’est laissé emporter.

Avec la nouvelle hypnose, tout le monde est « suggestible », car le but est l’apaisement, le lâcher-prise, et non l’endormissement total de la conscience, mais aussi parce que c’est l’inconscient propre au patient qui est utilisé, en douceur.

Pourquoi le recours à l’hypnose ?

Le patient va pouvoir, avec l’aide de l’hypnose guidée par son praticien, mobiliser ses propres ressources imaginaires pour modifier ses sensations et ses émotions : peur, phobie, douleurs… Toutes les émotions négatives sont atténuées et remplacées par la confiance et l’apaisement.

enfant et hypnose
Un miroir magique, une licorne qui nettoie les dents… les rapports avec le soin dentaire sont transformés par l’hypnose et son recours à l’imaginaire.

Les enfants, qui ont souvent très peur du dentiste, sont particulièrement réceptifs à l’hypnose médicale, tant ils sont habitués à un recours à l’imaginaire. Comme l’explique le Professeur Vianney Descroix, le temps qu’ils imaginent être en train d’écrire leur nom avec des feutres de toutes les couleurs sur une ardoise imaginaire, la carie est soignée ! Et en modifiant les relations entre les dentistes et leurs petits patients, avec plus de jeux, de temps de discussion, plus d’ardoises magiques et de gentils dragons, c’est pour la vie que le rapport aux soins change.

Indications de l’hypnose dentaire

Tout le monde peut profiter des bienfaits de l’hypnose sur le déroulement d’une séance de soins. Les muscles sont relâchés (langue, mâchoire) donc les gestes du dentistes sont facilités et les suites opératoires moins inconfortables. Il y a aussi beaucoup moins de réflexe nauséeux et d’hypersalivation, donc la prise d'empreintes, les gestes en fond de bouche, sont beaucoup plus aisés. Et les voyages agréables, en faisant monter la sérotonine, nous font même ressortir plus légers du cabinet dentaire !

Mais si vous souffrez de phobies dentaires ou de douleurs aiguës ou chroniques, vous avez encore plus intérêt à rechercher un cabinet qui pratique l’hypnose.

Stomatophobie

Certains patients ont réellement peur du dentiste: le bruits des instruments, les sensations, les odeurs des produits, la piqûre d’anesthésie… D’autres patients sont terrifiés à l’idée qu’on introduise des doigts ou des objets dans leur bouche. L’hypnose est parfaitement indiquée pour relâcher les émotions pendant une séance et les réduire durablement après la séance.

L’évitement est souvent la réponse de ces patients-là: ne pas se faire soigner, pour fuir le cabinet dentaire! Mais cela implique plus d’urgences compliquées et douloureuses, des soins plus longs et plus coûteux financièrement et esthétiquement.

Douleurs aiguës ou chroniques

mal aux dents, une douleur inssuportable
La douleur dentaire fait partie des sensations les plus violentes, et elle peut devenir un obstacle à la qualité d’un soin en urgence. Heureusement, le dentiste formé à l’hypnose peut utiliser vos propres métaphores et comparaisons pour lancer un voyage imaginaire qui inverse l’information nerveuse.

Quand on a très mal aux dents, mais aussi à la face, à la nuque, à la tête… Une session chez le dentiste peut être terrifiante et le geste même de la piqûre anesthésiante est vécu douloureusement. Les échecs de l’anesthésie médicamenteuse sont d’ailleurs fréquents (et on doit refaire une ou des piqûres quand c’est le cas) : l’hypnose permet de réduire les cas où l’anesthésiant n’est pas assez efficace. Elle permet aussi d’avoir moins recours aux anti-inflammatoires et anti-douleurs une fois de retour à la maison.

Comment se déroule une session d’hypnose dentaire ?

Le temps que l’inconscient rejoigne l’imaginaire est très court, étonnamment. Une à trois minutes suffisent pour que le patient « parte en voyage ».

Généralement, c’est tout le cabinet qui a suivi la formation à l’hypnose dentaire, et c’est dès le premier appel téléphonique du patient que va se mettre en place les éléments de l’apaisement. Recueillir les émotions et les attentes du patient, paler posément, prendre son temps : tout cela fait partie d’un nouveau rapport au soin, plus holistique.

Dans la vidéo suivante, on voit comment la patiente peut partir « dans son petit coin de paradis« , un lieu qu’elle a elle-même choisi, pour modifier sa conscience et procéder à l’isolation sensorielle :

La praticienne est calme, regard posé, bienveillant, et aide sa patiente à choisir son voyage. L’idéal est de faire une séance en amont de la chirurgie, lors de la consultation qui précède l’acte opératoire, afin d’affiner la relation de confiance entre le médecin et le patient, et de choisir les éléments de l’hypnose.

Lors du « décrochage », le praticien va guider le patient d’une voix douce et va réitérer le rapport hypnotique pendant la session de soins, en donnant des éléments descriptifs supplémentaires; mais toujours en laissant le patient maître (par exemple « Vous aimez la couleur de cette clairière » et non pas « Cette clairière verte »). Le praticien va également rajouter des sensations corporelles (« Votre jambe est très lourde ») pour détourner l’attention de l’acte dentaire, ou bien pour le « sublimer » (« Vous sentez un vent froid sur vos joues » pendant que le jet nettoie le tissu cicatriciel, par exemple).

Formations pour les dentistes

Les dentistes ont besoin d’une semaine complète, au minimum, pour être formés à la technique de l’hypnose au fauteuil. La formation peut avoir lieu au sein de structures privées, mais certaines facultés de chirurgie dentaire proposent des diplômes universitaires.

La formation doit être ciblée sur l’acte dentaire et doit s’enrichir de mises en situation pratiques et d’un suivi, sous forme de supervisions, dans les mois qui suivent la formation.

Enfin, toute l’équipe du cabinet (dentiste, assistants, collaborateurs) peut être formée en même temps, pour le bien de tous ! Car le patient n’est pas le seul bénéficiaire de ce changement d’atmosphère au fauteuil. Tout le monde appréciera le calme, la confiance et la bienveillance que ce nouveau point de vue sur la conscience opère sur la pratique dentaire.

Vous pouvez trouver sur le site de l’Institut Français d’Hypnose l’annuaire des thérapeutes qui pratiquent l’hypnose, dont les dentistes, par région.

Conclusion

Depuis l’Antiquité, les états sensoriels modifiés ont été utilisés pour soigner les patients, mais l’hypnose a longtemps été cataloguée comme une pratique non conventionnelle, voire une pratique de charlatan. Mais ses effets neurophysiologiques ont été depuis reconnus (grâce à l’imagerie médicale notamment), et elle a prouvé son utilité pour apaiser le patient et accompagner les soins avec de réels bénéfices sur les suites opératoires (moins de douleurs, d’inflammation, de saignements).

Chez le dentiste, où peur et douleurs sont souvent anticipées et « magnifiées » par le patient, l’hypnose est un outil de lâcher-prise vraiment profitable à tous. Enfants, patients phobiques, réflexe nauséeux, hypersalivation, douleurs aiguës, urgences: le décrochage sensoriel et le rush de bien-être apportés par le voyage proposé par l’hypnose permet de tout apaiser et de tout faciliter. Et par l’approche holistique des états de la conscience et du mieux-être, le dentiste et son équipe voient une amelioration de leur qualité de vie au cabinet et en dehors !

L’hypnose dentaire pour faciliter les soins au fauteuil
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Auteur(s) de l'article
Armelle Cassanas
Armelle Cassanas
Armelle est spécialisée dans la linguistique médicale, via l'analyse des concepts attachés aux maladies et aux médicaments. Pour Dentaly, elle condense ses recherches autour de l'expérience des patients et des soignants, ainsi que son étude des recommandations santé et bien-être.
Sources
Université Toulouse III. Apport de l’hypnose dans la pratique quotidienne du chirurgien-dentiste. Thèse [en ligne]. <http://thesesante.ups-tlse.fr/1233/1/2016TOU33026.pdf> Europe 1. L’hypnose chez le dentiste. Interview du Professeur Vianney Descroix [en ligne]. <https://www.europe1.fr/emissions/sans-rendez-vous/lhypnose-chez-le-dentiste-3935178>

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