[Enquête Dentaly-IFOP] Les Français, l’accès aux soins dentaires et la question du reste à charge zéro pour les prothèses dentaires

Alors que le congrès annuel de l’Association Dentaire Française a lieu cette semaine, du 27 novembre au 1er décembre, au Palais des Congrès de Paris, nous avons mandaté l’IFOP (Institut Français d’Opinion Publique) pour réaliser une étude sur le rapport des Français à l’accès aux soins dentaires et la question du reste à charge zéro pour les prothèses dentaires.

Menée auprès d’un échantillon de 1 003 personnes majeures, représentatif de la population française, cette enquête pointe du doigt une nette dégradation de la perception de l’accès aux soins dentaires en raison notamment du coût des soins et des délais pour obtenir un rendez-vousElle souligne également un certain scepticisme de la part des Français quant à la solution politique apportée. La réforme « 100 % Santé », proposée par le gouvernement, soulève en effet de nombreux doutes dans l’hexagone. 

Découvrez l’ensemble des enseignements de notre étude dans cet article détaillé et n’hésitez pas à consulter le rapport complet de l’enquête mis à votre disposition en fin de page.

Les soins dentaires de moins en moins accessibles en France

Si l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire et la plupart des professionnels de santé dentaire recommandent au moins une visite annuelle chez le dentiste, à peine plus d’un Français sur deux (55%) s’est rendu chez son praticien au cours de l’année écoulée.

Pourtant, un suivi bucco-dentaire régulier est capital pour éviter de nombreuses pathologies comme les caries ou les maladies parodontales. Il faut par ailleurs savoir que certains troubles bucco-dentaires peuvent entraîner des problèmes cardiaques, articulaires et participent à l’entretien des maladies chroniques.

Mais au-delà de cette fréquentation insuffisante du cabinet dentaire, on remarque surtout qu’elle est en réelle baisse par rapport à octobre 2013. Les Français s’étant rendus chez le dentiste il y a 2 ans ou plus représentent, en effet, aujourd’hui 9 points de plus qu’il y a 5 ans. Ceux qui s’y sont rendus il y a moins d’un an représentent, eux, 4 points de moins qu’en 2013.

Plus précisément, l’enquête relève que les habitants des banlieues « populaires » ne sont que 48% à s’être rendus chez le dentiste il y a moins d’un an.

Fréquence visite chez le dentiste
La date de la dernière consultation des Français chez le dentiste (et son évolution par rapport à octobre 2013).

Autre élément important mis en lumière par l’étude, les Français pensent que l’accès aux soins dentaires n’est pas si facile. En effet, à la question « D’après vous, même si vous n’êtes pas personnellement concerné, diriez-vous que l’accès aux soins dentaires assurés par les dentistes est aujourd’hui… ? », seuls 50% des sondés jugent « facile » l’accès aux soins dentaires.

Ce résultat mitigé est encore plus frappant si on le compare avec les réponses des Français en 2012. La perceptibilité de l’accessibilité aux soins dentaires est en effet passée de 66% en 2012 à seulement 50% en 2018.

Graphiques montrant que les soins dentaires moins accessibles
Evolution de la perception de l’accessibilité aux soins dentaires chez les Français entre octobre 2012 et novembre 2018.

45% des Français ont renoncé à des soins dentaires en raison du coût du traitement

Si l’accès aux soins dentaires est de plus en plus difficile, c’est surtout à cause du coût des traitements proposés, et plus particulièrement en ce qui concerne les prothèses dentaires. Seuls 27% des sondés s’estiment en effet bien remboursés (par la Sécurité sociale et la mutuelle) en ce qui concerne l’achat et la mise en place de prothèses dentaires par un dentiste.

Plus alarmant encore, près d’un Français sur deux (45%) a déjà renoncé à des soins dentaires en raison du coût des traitements. C’est 10 points de plus qu’en 2013 !

Les jeunes sont particulièrement concernés par le renoncement aux soins, puisque 74% des moins de 25 ans ont renoncé à se faire soigner les dents au moins une fois dans leur vie.

Renoncement aux soins dentaires
Répartition des réponses à la question : « Au cours de votre vie, vous est-il déjà arrivé de renoncer à des soins dentaires en raison… ? »

Si l’on regarde maintenant les types de soins auxquels les Français renoncent le plus souvent, on retrouve sans surprise les prothèses dentaires. Ainsi, 35% des sondés affirment avoir déjà renoncé à des soins dentaires en raison du coût de l’achat et de la mise en place de prothèses dentaires par un chirurgien-dentiste.

Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, les tarifs des prothèses dentaires sont fixés librement par les chirurgiens-dentistes. Il y a donc une variation importante du coût des traitements en fonction du type de prothèse, des matériaux utilisés, mais aussi de la localisation du cabinet ou de la réputation du dentiste. Pour une couronne métallique ou céramo-métallique, les prix moyens peuvent ainsi varier entre 350€ et 1200€ tandis qu’un appareil dentaire complet peut coûter entre 1230€ et 2500€.

Du côté de la Sécurité sociale, les remboursements sont très faibles puisqu’ils correspondent à 70% du tarif de convention. Pour reprendre les exemples cités plus haut, le remboursement pour une couronne métallique ou céramo-métallique est donc fixé à 107,50 € et à 127,75 € pour un appareil dentaire complet.

Pour revenir à l’étude, une autre cause importante du renoncement aux soins dentaires est pointée du doigt : la difficulté d’obtenir un rendez-vous rapidement. Un tiers des Français (31%) affirment, en effet, avoir déjà renoncé à des soins dentaires en raison de la difficulté d’obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide. En moyenne, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le dentiste (hors hôpital) sont aujourd’hui de 40 jours, soit 13 jours de plus qu’en 2013 ! 

délai d'obtention d'un rendez-vous chez le dentiste
Délai moyen d’obtention d’un rendez-vous chez le dentiste (hors hôpital) et comparaison avec 2013.

En marche vers le reste à charge zéro : retour sur la promesse de campagne du candidat Macron

Face à la problématique du coût des soins dentaires, une solution politique a été proposée.

Au cours de la campagne présidentielle de 2017, le candidat Emmanuel Macron avait en effet promis que, s’il était élu, tous les Français pourraient bénéficier d’une prise en charge à 100% dans le secteur dentaire, optique et celui des audioprothèses, d’ici à la fin du quinquennat.

Un an plus tard, cette promesse phare du gouvernement a franchi plusieurs étapes. En juin, la Confédération Nationale des Syndicats Dentaires (CNSD) et l’Union Dentaire (UD), deux syndicats majeurs du secteur dentaire, ont ainsi adopté le texte prévoyant la mise en application du « reste à charge zéro » pour les soins dentaires, à l’issue de huit mois de négociations.

En octobre, ce sont les députés qui ont adopté le remboursement intégral par la Sécurité sociale et les complémentaires santé de certaines lunettes, prothèses dentaires et auditives dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2019.

Réforme 100% santé
La mise en place de « 100% santé » va se déployer progressivement à partir du 1er janvier 2019.

La réforme devrait donc se mettre en place progressivement avec un premier plafonnement des tarifs des prothèses dentaires dès janvier 2019. La mise en place de l’offre sans reste à charge débutera, elle, en 2020 avec les couronnes et bridges et sera finalisée en janvier 2021.

A cette date, les patients devraient donc avoir le choix entre trois paniers de soins correspondant à trois niveaux de prise en charge différents : le premier, dit « 100% santé », sera entièrement pris en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles, le second, dit « aux tarifs maîtrisés », comprendra des prothèses dont les tarifs seront plafonnés, et le dernier, dit « aux tarifs libres », bénéficiera d’un remboursement sur la base du tarif de la Sécurité sociale.

Les doutes des Français sur la mise en place de la réforme « 100% santé »

Si 65% des Français se disent satisfaits de l’accord sur la réforme du reste à charge, de nombreux doutes se font également entendre, à la fois sur la réalité de son application et sur son impact sur la qualité des soins dentaires.

Tout d’abord, à peine un Français sur deux pense que cette promesse sera respectée d’ici à la fin du quinquennat. Nombreux sont en effet ceux qui craignent que cette réforme ne soit appliquée que partiellement d’ici 2022.

Ensuite, plus d’un Français sur deux estime que le reste à charge zéro risque de conduire à une baisse de la qualité des soins. Le panier « 100% santé » concerne en effet des prothèses dentaires de qualité standard. Il prévoit notamment qu’une dent visible pourra être remplacée par une prothèse garantissant une certaine discrétion, mais que pour les dents moins visibles, la nature des matériaux utilisés pourra varier (couronne métallique par exemple).

Doutes au sujet de la réforme du reste à charge
Répartition des avis au sujet du risque d’une baisse de la qualité des soins et des prothèses en raison de l’application de la réforme « 100% santé ».

Interview de François KRAUS, directeur des études à l’IFOP, ayant réalisé cette étude pour Dentaly.org

« François Kraus, en tant que directeur des études à l’IFOP, quel enseignement général tirez-vous de cette enquête ?

Le principal enseignement de cette enquête est que la récente annonce d’un reste à charge zéro pour les prothèses dentaires est loin d’apaiser le mécontentement croissant des Français à l’égard d’un système de soins dont l’accès est jugé « difficile » par de plus en plus de Français (50% en 2018, contre 34% en 2012) et auquel une proportion croissante de patients renonce, principalement pour des questions de budget (45 %, +10 points entre 2013 et 2018) mais aussi de délais (31%) : le délai moyen d’obtention d’un rendez-vous chez un dentiste ayant connu un allongement conséquent en l’espace de quatre ans (40 jours en 2018, contre 27 jours en 2014).

Quelle lecture faites-vous des résultats de cette enquête au sujet des inégalités face aux soins dentaires en France ?

Sur ce point, les résultats mettent moins en lumière une fracture entre la France périphérique et les grandes métropoles qu’une fracture sociale entre riches et pauvres.

Cela apparaît par exemple dans la proportion de Français suivant les recommandations des autorités sanitaires en terme de visites chez le dentiste (55% font au moins une visite annuelle, -4 points depuis 2013). L’écart est très net entre les personnes aux revenus par individu supérieurs à 2500€ nets/mois (63%) et ceux vivant avec moins de 900€ par mois (44%), tout comme le fossé qui apparaît sur le sujet entre les Français vivant dans des banlieues aisées (64 %) et ceux vivant dans des banlieues populaires (48 %). Ainsi, la question de l’accès aux soins ne se résume pas aux déserts médicaux qui affectent les milieux ruraux : la difficulté est encore plus forte dans certaines banlieues difficiles désertées par les professions de santé pour des questions de sécurité ou de
manque de rentabilité.

Enfin, pensez-vous qu’il faille y voir un symbole de la fracture sociale ?

D’une certaine manière, et cette facture apparaît tout particulièrement dans le profil de Français ayant déjà renoncé à un soin dentaire en raison du coût du traitement qui concerne désormais près d’un patient sur deux (46%). Les personnes les plus pauvres, c’est-à-dire vivant avec moins de 900€ par mois sont deux fois plus nombreuses (62%) à avoir déjà dû renoncer à un soin pour des questions de coût que celles vivant avec plus de 2500€ nets / mois (29%). De même, l’exclusion du système de soins dentaires pour des questions budgétaires affecte beaucoup plus les ouvriers (54 %) que les cadres (35 %) et davantage les personnes ayant la CMU (55%) que celles ayant une couverture complémentaire individuels (44 %). Contrairement aux idées reçues, le système de santé français est donc loin d’offrir une réelle égalité d’accès aux soins. »

Les résultats complets de l’enquête (téléchargeables)

Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger les résultats complets de l’enquête en cliquant ici

Vous pouvez également télécharger l’analyse de l’IFOP en cliquant ici.

 

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