Freinectomie labiale et linguale : que savoir de cette chirurgie ?

0 Partages
Par 
joli sourire
Quand on voit un joli sourire, on ne sait pas qu’il est « freiné » ! A de multiples endroits de la bouche, des freins en tissus conjonctifs et élastiques relient les lèvres et la langue à la mâchoire, pour guider un bon développement dentaire, osseux et dermique notamment.

Vous ne pensiez peut-être pas que votre problème dentaire pouvait être lié à un « frein » dans votre bouche. Et que cela pourrait se résoudre en le coupant ! C’est pourtant ce qui rend la freinectomie très utile et fréquente, même si le recours à cette chirurgie est moins automatique qu’avant selon les cas.

On n’a pas qu’un seul frein : il y en a 7, de types différents ! Et tous (mais surtout le frein labial médian et le frein lingual) peuvent créer des problèmes d’hygiène, de gencives, de placement des dents ou des prothèses, et même des soucis importants de phonation et d’alimentation.

Dentaly.org vous explique tout des causes, étapes et résultats de la freinectomie labiale et linguale.

Freinectomie : pourquoi ?

Si l’on doit sectionner ou ablatir une partie, même petite, des structures buccales, c’est qu’il y a une bonne raison ! Les freins buccaux sont des structures anatomiques importantes : au nombre de 7, ils « attachent » les lèvres et la langue à la mâchoire (via le plancher de la bouche pour la langue). Leur rôle est de permettre des mouvements derme/visage/mâchoire harmonieux et un développement osseux et dentaire adéquat.

Mais selon comment ils sont placés, selon leur forme et leur taille, les freins peuvent créer des problèmes au niveau des gencives et au niveau du développement de la mâchoire et de la position des dents. Dans ces cas-là, il faut mieux sectionner ou extraire un frein, pour rétablir l’harmonie.

Si, dans le passé, on avait recours immédiatement à la freinectomie pour un problème de placement des dents de devant (l’écartement des « dents du bonheur« ) ou si un nourrisson n’arrivait pas à téter au sein, ce temps est révolu. Ce n’est plus un réflexe, et beaucoup de facteurs sont étudiés avant d’envisager une freinectomie labiale ou linguale.

Freinectomie labiale

Les freins sont constitués de fibres conjonctives et de fibres élastiques. Ce réseau dense, solide, peut, selon certaines dispositions génétiques, se développer en excès et envahir la gencive autour de la dent et les papilles interdentaires. Quand c’est le cas, le placement des dents pendant la croissance de la mâchoire est gêné, et la pression du frein sur la gencive dans les mouvements des lèvres peut déplacer celle-ci et menacer la dent d’un déchaussement.

frein labiale
Le frein labial médian, quand il est hypertrophié, descend entre les deux incisives centrales et empêche leur bon positionnement. Trop court, il tire sur les gencives marginales et crée des problèmes inflammatoires et infectieux.

Le frein labial médian est celui que l’on connait le mieux : bien au milieu, à l’intérieur de la lèvre supérieure et de la lèvre inférieure, entre les deux dents de devant, on peut le voir facilement en étirant la lèvre et on peut le toucher avec la pointe de la langue. Les freins labiaux latéraux sont moins visibles, moins développés, et on arrive difficilement à les trouver avec la langue. Ils ont été moins étudiés, car c’est rare qu’ils posent réellement un problème.

Le frein médian est celui qui est évalué par votre dentiste, si vous avez les dents trop écartées devant, ou si la gencive est fréquemment enflammée par exemple. Quand le frein est hypertrophique, il est partie prenante dans la maladie parodontale, en empêchant les bons gestes d’hygiène. Quand il est trop court, c’est en imposant des tractions sur la gencive qu’il ouvre un sillon entre la gencive et la dent, formant un parfait logement pour les bactéries.

Quand le frein est à l’origine du mauvais placement des dents, parce que la chaîne de fibres qui le constitue s’interpose entre les dents, on a besoin d’une freinectomie à but orthodontique. De nos jours, ce type d’intervention n’est décidée qu’après l’éruption des canines permanentes (qui souvent, à elles seules, peuvent pousser et orienter les incisives vers un bon placement). Et, dans ce cas, la freinectomie sera conjuguée avec le traitement orthodontique, généralement en préparation de la pose d’un appareil de redressement dentaire. En cas de fibres très incluses, en région interdentaire, il peut être envisagé de retarder l’intervention jusqu’à la fin du traitement orthodontique, afin d’éviter de laisser le tissu cicatriciel envahir l’espace interdentaire.

La freinectomie peut aussi être décidée dans le cadre de la pose d’une prothèse fixée, pour créer un environnement parodontal sain et idéal (sans traction forte sur la gencive par le frein, sans obstacle aux gestes d’hygiènes par la suite).

Comment se déroule une freinectomie ?

Votre dentiste peut vous proposer une simple section du frein (on parle alors plutôt de « frénotomie ») ou bien une ablation totale du frein (la freinectomie en tant que telle) quand les fibres qui le constituent ont envahi des parties gingivales et interdentaires.

Dans le cas de l’ablation, le dentiste procédera à une section en V : un triangle sera découpé pour bien désinsérer les fibres conjonctives (toutes celles qu’on ne voient pas mais qui « plongent » entre les dents, voire jusqu’au palais pour les dents au haut). Cette section est faite au bistouri ou bien au laser.

Il vous faudra bien suivre les recommandations d’hygiène et d’alimentation pour les suites de l’opération, qui se déroulent généralement sans souci aucun. Vous pourrez aussi demander par exemple s’il est nécessaire de masser ou étirer le site de l’opération pour aider à la cicatrisation.

Freinectomie linguale

Le frein lingual attache la langue au plancher buccal, et aide au développement harmonieux de la bouche et de la mâchoire, au niveau musculaire, osseux et dermique, en aidant la langue à se positionner.

Si le frein lingual est trop court, la langue ne peut pas bouger comme il le faudrait, et cela gêne de façon centrale la déglutition et la parole. Pour avaler, en effet, la langue doit être entièrement relevée contre le palais, avec le mouvement d’une vague, et en générant une pression puissante. Ce « scellement » de la déglutition (pour avaler nourriture et salive, jusqu’à 3000 fois par jour !) donne au palais sa forme en arc lors du développement infantile. Si le frein est trop court, la langue est poussée vers l’avant pendant la déglutition, et cette déglutition atypique génère une problématique de la mâchoire (béance antérieure, prognathie, torsions des dents du bas).

frein de langue
Quand le frein qui attache la langue au plancher de la bouche est trop court, la langue ne peut procéder à un mouvement de déglutition plein, ce qui entraîne beaucoup de problèmes sur le développement de la mâchoire et la position des dents.

Frein lingual : pourquoi couper le frein de la langue ?

Couper ou retirer entièrement le frein lingual permet d’instaurer une fonction idéale de la langue, au niveau de la déglutition et de la parole. Un frein très restrictif peut aussi affecter la position des molaires et pré-molaires lors du développement dentaire de l’enfant, ainsi que la forme du palais et de la mâchoire. En coupant le frein, et grâce à des pratiques orthodontiques, on peut rétablir une position idéale des dents et agir sur la forme palais-mâchoire.

Une simple anesthésie locale et une incision au laser suffisent parfois, mais il se peut que les fibres conjonctives soient attachées aux fibres musculaires de la langue, et qu’il faille exciser plus en profondeur.

La langue est libérée dès la fin de l’opération et les mouvements d’amplitude se font de suite sans problème, malgré une longue période d’immobilisation due au frein restrictif. Mais un suivi par un orthophoniste peut aider à étirer et remuscler la langue dans les bonnes positions. Des séances d’ostéopathie crânienne peuvent aider à libérer les tensions sur la mâchoire, et aider les muscles et les tendons, en les assouplissant, à suivre les « nouveaux » bons mouvements.

Dans la vidéo ci-dessous, les images de la freinectomie ne sont pas forcément très aisées à regarder… Mais les conseils d’hygiène et d’étirement post-opératoires sont utiles :

Frein de langue chez bébé

Chez les nourrissons, on peut parfois observer une ankyloglossie : la langue est courbée, enserrée, et prend la forme d’un cœur quand elle s’étire, parce que le frein la retient. L’ankyloglossie devient vite problématique quand le bébé ne parvient pas à s’alimenter au sein. En grandissant, le bébé présente des difficultés d’élocution, sur certains sons importants qui résultent du mouvement de la langue vers le haut.

langue bébé
Chez le jeune enfant, la langue se place volontiers entre les dents de devant pour avaler et pour parler. Cette atypie se règle au fur et à mesure de la croissance des dents et du développement de la mâchoire. Mais si elle persiste, on peut diagnostiquer une ankyloglossie qui peut être passée inaperçue jusqu’alors. La freinectomie sera envisagée.

Dans ce cas, une frénotomie simple peut être envisagée très tôt, au laser ou au ciseau. Sur des tissus conjonctifs peu développés, la simple section du frein lingual chez le nourrisson ne pose aucun problème. L’opération est rapide, sans douleur (selon l’âge, diverses options d’anesthésies sont possibles), dans les bras de la maman allongée. L’opération peut se faire chez un pédiatre, mais aussi chez un ORL ou un dentiste. Le bébé peut reprendre le sein de suite après l’opération, avec un antalgique si besoin (en fonction de son état).

Mais les suites doivent être pensées pour permettre au bébé d’apprendre les bons mouvements après une période d’immobilisation de sa langue, période cruciale dans son développement. Selon l’âge du bébé, il faudra penser à des exercices et étirements post-frénotomie, et à un possible suivi par un ostéopathe spécialisé. Le frein lingual restrictif pendant la tétée suppose en effet un système de compensation avec des forces sur les cervicales et le dos trop importantes pour le développement du bébé.

Tous le système de réflexes de compensation, que le bébé a dû mettre en place pour se nourrir, a créé des tensions importantes qui pourront impacter son développement malgré la section du frein restrictif. C’est pour cela, que le suivi de « rééducation » est important.

Si le bébé est plus âgé, un suivi par un orthophoniste doit être aussi envisagé pour muscler la langue dans les bonnes positions.

Si une freinectomie complète est nécessaire, il faudra aussi penser à des étirements de la langue et des massages de la plaie afin d’éviter une cicatrisation restrictive, voire la reformation d’un frein, sur ces tissus jeunes en plein développement. Les massages se font au doigt par le parent, en passant le doigt sous la langue, en massant circulairement, et en étirant doucement la langue vers l’avant.

Freinectomie labiale : prix et remboursement

La freinectomie est un acte pris en charge à 100% par la sécurité sociale et la mutuelle, facturé entre 20 et 35€ selon la procédure. Mais en fonction de la pratique (de l’utilisation du bistouri ou du laser notamment, mais aussi de l’anesthésie), il peut y avoir des frais non remboursés, qui feront alors l’objet d’un devis et/ou d’une explication par le praticien. Les prix peuvent alors grandement varier, entre 20€ remboursés et 200€ en partie remboursés.

Vous pourrez vous renseigner sur différentes pratiques auprès de différents praticiens. Vous pourrez aussi vous tourner vers votre mutuelle pour connaître vos droits à certains forfaits sur les frais non remboursés liés à des opérations de ce type.

Si vous ne possédez pas encore de mutuelle ou si vous cherchez à en changer, n’hésitez pas à utiliser notre comparateur de mutuelle gratuit afin de trouver celle qui s’adapte le mieux à vos besoins :

Conclusion

La freinectomie est une pratique chirurgicale sans complication, ancienne, et très utile pour beaucoup de problèmes dentaires et buccaux courants. Votre pédiatre sera votre interlocuteur si votre nourrisson a du mal à téter, ou si votre bébé a du mal à s’alimenter ou à former certains sons. Pour des enfants plus grands, ou des problèmes dentaires d’adulte, ce sera votre dentiste qui vous conseillera. Ils sauront sans problème évaluer si un frein, lingual ou labial, est trop restrictif. Dans ce cas, pour redonner sa liberté à la langue et faciliter la déglutition et la parole, ou bien pour dégager une pression sur les gencives ou libérer un espace interdentaire d’un tissu conjonctif envahissant, une chirurgie sera envisagée.

Simple section ou bien excision en V plus profonde, la freinectomie arrange rapidement bien des soucis, mais il ne faut pas hésiter à vous faire conseiller sur des pratiques post-opératoires : pour des étirements, des massages (pour soigner le tissu cicatriciel et éviter qu’il ne se développe trop) et/ou une rééducation (pour la langue) chez un orthophoniste.

Freinectomie labiale et linguale : que savoir de cette chirurgie ?
5 (100%) 7 participant[s]

Auteur(s) de l'article
Armelle Cassanas
Armelle Cassanas
Armelle est spécialisée dans la linguistique médicale, via l'analyse des concepts attachés aux maladies et aux médicaments. Pour Dentaly, elle condense ses recherches autour de l'expérience des patients et des soignants, ainsi que son étude des recommandations santé et bien-être.
Sources
Revue d’odonto-stomatologie. Wafa el Kholti et Jamila Kissa. La freinectomie : quand faut-il intervenir ? 2016 [en ligne] https://www.researchgate.net/publication/319493765_La_freinectomie_quand_faut-il_intervenir Consulté le 10 août 2020 Le courrier du dentiste. La freinectomie : de la théorie à la pratique. [en ligne] https://www.lecourrierdudentiste.com/dossiers-du-mois/la-freinectomie-de-la-theorie-a-la-pratique.html Consulté le 10 août 2020 Université Numérique des Sciences Odontologiques. Les freinectomies. [en ligne] http://www.unsof.org/media/ressources-unsof/media/cours-montpellier/odontologie-pediatrique-o5-em/freinectomies-labiales.pdf Consulté le 10 août 2020
0 Partages