Le Sadam : mieux connaître une pathologie difficile

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sadam douleurs
Douleurs insupportables, lancinantes, à la mastication ou/et à la parole, le Sadam est un syndrome fréquent et pourtant très peu connu des patients, qui tardent à savoir quand et comment consulter.

Vous souffrez de douleurs à la mâchoire et peut-être dans l’oreille ou aux cervicales ? Cela devient de plus en plus insupportable, et vous empêche de dormir et de bien vous nourrir ? Vous êtes peut-être atteint du Sadam ou syndrome de Costen.

Difficile à diagnostiquer, mais aussi à soigner, ce trouble peu connu est pourtant assez fréquent malheureusement. Il est lié à un dysfonctionnement, musculaire et/ou articulatoire, dans la jointure du crâne et de la mâchoire inférieure. C’est grâce à cette complexe relation « cranio-mandibulaire » que notre mâchoire a une grande mobilité et qu’on peut rire aux éclats, bailler, couper et broyer toutes sortes d’aliments. Quand elle souffre d’une anomalie, ça coince, ça tire et ça fait très mal…

Aujourd’hui, Dentaly.org vous explique tout du Sadam, comment le reconnaître, à qui s’adresser, comment le soigner au mieux et comment le prévenir.

Le Sadam : qu’est-ce que c’est ?

Le mot « Sadam » est un sigle fait des initiales de « syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur« . Il s’agit donc d’un dysfonctionnement douloureux (« algo-« ) de l’ensemble des muscles, os, ligaments et articulations qui nous permettent de manger (« manducateur »).

Cet appareil manducateur est extrêmement complexe : il doit pouvoir s’ouvrir largement, glisser vers l’avant, d’un côté à l’autre, et ce de façon synchronisée sur les deux articulations temporo-mandibulaires qui se font face de chaque côté de la mâchoire.

Un disque articulaire absorbe l’énorme pression de la mastication pour la redistribuer sur tous les muscles et les articulations adjacents. En cas de dysfonctionnement, des douleurs peuvent ainsi être observées à distance de l’appareil manducateur, à cause de la mauvaise redistribution des tensions musculaires. Et parce que la mâchoire renseigne aussi le cerveau sur nos besoins posturaux, en cas de troubles, c’est tout le corps qui pâtit. On peut souffrir d’intenses lombalgies, et même de douleurs aux chevilles, à cause d’un Sadam.

Cette complexité rend les symptômes variés et difficiles à flécher, ce qui explique que le diagnostic soit souvent long et multi-disciplinaire.

Les symptômes du Sadam

Les spécialistes vont diviser les symptômes du Sadam (comme tout trouble musculo-articulaire) en trois grands ensembles, regroupés sous le sigle BAD : Bruits, Algies, Dyskinésies.

Luxation mâchoire
L’appareil cranio-mandibulaire est complexe et extrêmement important pour les gestes de tous les jours. Un simple petit problème dentaire peut causer un grand déséquilibre articulatoire.

Les symptômes sont très variés d’un patient à l’autre, et un ensemble peut être plus représenté que les deux autres. Une composante est malheureusement commune à la plupart des patients: la douleur. Mais « les algies » ne sont pas forcément perçues ou localisées directement dans la mâchoire.

Les symptômes BAD recensés pour le Sadam sont :

  • Douleurs dans la mâchoire : continue ou au moment des repas. Le Sadam est la deuxième cause de l’ensemble des douleurs oro-faciales, après les douleurs dentaires.
  • Douleurs irradiantes : visage, oreille, tempes, cou, épaules…
  • Muscles tendus et sensibles dans le bas du visage.
  • Bruits de la mâchoire : claquements, craquements ou crépitements (comme le bruit des pas sur le sable).
  • Douleurs dentaires.
  • Blocages de la mâchoire, dyskinésie mandibulaire : diminution d’amplitude, mouvements déviés ou saccadés.
  • Bruits dans les oreilles : comme des acouphènes.
  • Troubles de l’oreille : douleurs, vertiges.
  • Migraine.
  • Sinusite.
  • Névralgies faciales.
  • Douleurs aux cervicales, au dos, au bassin, aux chevilles ou aux genoux.
  • Déglutition anormale.
  • Fibromyalgie : les médecins ont fait un lien important entre ce syndrome polyalgique et le Sadam.
  • Apnée du sommeil : du fait du dysfonctionnement mandibulaire.
  • Dépression : générée par la douleur chronique, avec probablement un grand effet circulaire (la dépression générant la douleur en retour, ou originellement, avec des tensions et une mauvaise posture).

Les causes du Sadam ou Syndrome de Costen

Les causes sont elles aussi variées et multiples, et parcourent tout l’axe clinique allant du traumatisme au stress émotionnel, en passant par les problèmes dentaires.

Les causes recensées pour le Sadam sont :

Bruxisme et sadam
Les problèmes occlusaux (comment les dents se touchent en fermant la bouche et à la mastication) sont une des causes principales du Sadam.
  • Un traumatisme : un coup de point, un accident de la route, une mauvaise chute etc. peuvent avoir endommagé l’articulation ou les muscles de l’appareil manducateur.
  • Des problèmes dentaires : édentement, appareil mal réglé, déplacement dentaire etc. provoquent une mauvaise occlusion dentaire (la façon dont les dents se positionnent et se touchent quand la mâchoire est fermée). Ce problème crée à force un dérèglement compensatoire de l’appareil manducateur.
  • Bruxisme : le grincement des dents de façon inconsciente, généralement pendant le sommeil, peut produire des tensions et des dysfonctionnements.
  • Stress, nervosité, peur chronique : les émotions « en tension » provoquent des serrements de dents, des spasmes involontaires et une tension accrue des muscles du visage.
  • Anomalie de naissance, facteurs squelettiques.
  • Problèmes d’arthrite sur la mâchoire, ou d’inflammation chronique venant d’autres maladies.
  • Mauvaise posture chronique : « posture du violoniste » avec son téléphone (ou son violon!), sommeil sur le ventre avec appui sur le menton, position de lecture sur le côté appuyée sur sa main…
  • Alimentation ou habitudes « de bouches » : aliments trop durs (caramels, pain dur, pommes…) ou bien chewing-gums constants, ou usage de la pipe à tabac…

Le diagnostic du syndrome de Sadam

Si vous souffrez de douleurs de l’appareil manducateur, vous pouvez vous tourner vers votre médecin généraliste, qui vous orientera vers un spécialiste ou des examens. Vous pouvez aussi directement consulter votre dentiste ou stomatologue.

Interrogatoire oral

Le diagnostic s’appuiera d’abord sur un interrogatoire. Vous pourrez décrire tous les symptômes dont vous souffrez, de façon exhaustive (même si vous ne pensez pas que vos maux de dos viennent du Sadam). Vous pourrez aussi expliquer la gêne que vous ressentez peut-être à la mastication, ainsi que les impacts que le trouble a sur votre équilibre émotionnel.

Evaluation de la douleur

Le médecin pourra utiliser une échelle d’objectivation: en vous aidant à graduer votre douleur de 0 à 10, ou à choisir parmi un ensemble de termes celui qui la caractérise le mieux. Il vous interrogera aussi sur la quantité d’antalgiques que vous consommez.

Examen physique

Examen physique exobuccal

Mâchoire luxée
Le médecin devra évaluer l’état musculaire et articulaire de votre mâchoire en examinant à la fois votre visage et l’intérieur de votre bouche.

Le médecin regardera votre visage, ses proportions, sa symétrie, pour évaluer l’état musculaire et les problèmes articulaires. Il vous fera bouger votre mâchoire, peut-être mordre un objet, pour vous aider à localiser exactement les points du pression.

Il procédera aussi à une palpation des muscles et des ligaments. Il écoutera les bruits de la mâchoire en mouvement.

Examen physique endobuccal

Dans votre bouche, le médecin regardera si les arcades dentaires sont en bon état pour une occlusion idéale, ou bien s’il manque des dents importantes pour l’occlusion.

Imagerie

L’exploration radiologique du Sadam est complexe, et ne sera utilisée qu’en cas de grande difficulté de diagnostic. Mais une radio panoramique chez votre dentiste peut aider à visualiser mieux les soucis d’arcade dentaire.

Le scanner peut permettre d’évaluer un possible traumatisme. L’IRM peut permettre d’évaluer les structures intra-articulaires et l’important disque cranio-mandibulaire.

Axiographe

L’axiographe est un instrument complexe qu’on fixe au visage et qui permet d’enregistrer de façon graphique les mouvements mandibulaires. Il est utile pour caractériser les troubles articulaires de l’ouverture, fermeture et propulsion.

Traitements du syndrome Sadam

Les traitements du passé étaient très interventionnistes et invasifs : chirurgie de l’articulation de la mâchoire, traitements orthodontiques lourds. Mais, parce que les traitements n’avaient pas toujours un résultat probant sur les douleurs, et pour éviter un effet retard sur la structure globale du crâne, on leur préfère maintenant des traitements holistiques moins invasifs.

Il s’agit de préserver au mieux la structure naturelle du crâne et de la mâchoire, tout en soulageant la douleur et en rééduquant l’appareil manducateur.

Après avoir établi un diagnostic clair, votre médecin vous informera avec précision sur vos troubles et la cause de vos ressentis. Puis vous serez orienté vers une thérapie multiple qui permettra de rétablir un fonctionnement idéal et sans douleur de votre appareil manducateur. Vous pourrez ainsi avoir à vous tourner vers un orthodontiste, un dentiste, un kinésithérapeute, un hypnothérapeute, un ostéopathe, un homéopathe…

Reposer la mâchoire pour stopper la douleur

Dans un premier temps, et généralement pendant tout le temps du diagnostic et des traitements autres, on vous proposera un ensemble de mesures de façon à limiter la douleur.

Cette première phase de traitement peut suffire pour les cas les moins graves ou les moins complexes.

soulager douleurs du sadam
Des séances d’ostéopathie peuvent grandement régler les troubles d’un Sadam léger ou débutant, en rééquilibrant l’ATM (articulations temporo-mandibulaires) et relâchant les tensions musculaires.

Il s’agira de :

  • Prescrire un analgésique associé ou non à un myorelaxant (qui réduit la contraction musculaire) et à un anti-inflammatoire (en fonction de l’intensité de la douleur). La prescription d’anxiolytique (pour soulager le stress et la tension nerveuse) peut être envisagée dans certains cas.
  • Prescrire des séances de kinésithérapie ou d’ostéopathie : pour masser, étirer, rééduquer les muscles et les articulations.
  • Confectionner une butée occlusale : un petit appareil que l’on place entre les dents de devant, pour un effet de sédation urgente, en libérant l’occlusion.
  • Confectionner une gouttière occlusale : votre dentiste peut confectionner une gouttière à poser sur les dents, transparente. Elle va agir en libérant la pression de l’appareil manducateur. Un peu comme une béquille qui permet à votre cheville de se réparer, en lui évitant toute pression, la gouttière va soulager l’occlusion exactement à l’endroit qu’il faut. Elle aide aussi au diagnostic parfois.
  • Vous demander d’éviter les gestes « à pression » : chewing-gums, aliments durs, les grands bâillements…

Rééduquer la mâchoire

Cela peut se faire de deux façons, isolées ou complémentaires.

Chez le dentiste

Gros plan sur une gouttière transparente Invisalign
Une gouttière de type orthodontique, transparente, va permettre en quelques semaines ou quelques mois, de rééduquer votre mâchoire pour compenser ou accompagner les points de pression occlusaux.

Un appareil dentaire en plastique, comme une gouttière, se pose sur vos dents pour rééduquer vos mouvements occlusaux, tout en soulageant votre appareil manducateur.

Cela peut prendre plusieurs mois, mais ça marche vraiment bien. La mandibule et les points de pression occlusaux sont petit à petit déplacés, avec l’action conjointe des mouvements de la mâchoire et de l’appareil orthodontique. L’adaptation parait impossible au début, au niveau de la salive et de la parole, mais elle se fait très vite.

Chez l’ostéopathe

En utilisant des techniques locales sur les muscles de la mastication, mais aussi des techniques générales sur le bassin, les os crâniens, les cervicales, votre ostéopathe va relâcher l’articulation de la mâchoire pour la soulager.

En rééquilibrant les tensions, il peut rééduquer votre posture et le fonctionnement de l’ATM (articulation temporo-mandibulaire). Il peut aussi permettre de réguler le stress et les états émotionnels, en travaillant sur le système neurovégétatif (celui qui fait qu’on serre la mâchoire sans s’en rendre compte quand on a peur ou qu’on est en colère).

Chez le kinésithérapeute

La rééducation chez le kiné permet de se rendre compte des habitudes et des mouvements problématiques. Puis dans un deuxième temps, le kiné peut vous apprendre à adopter un comportement non-douloureux et protecteur de l’ATM. Des exercices, appris en séance et reproduits à la maison, vous permettront de rééquilibrer les groupes musculaires de chaque côté, de renforcer puis détendre tout l’appareil manducateur. Enfin, les massages prodigués par le kiné permettront de décrisper les muscles, relâcher les tensions, et d’assouplir les articulations.

Soigner la dentition

Meulage, orthodontie, prothèse, implant… Il s’agit de réparer la dentition pour obtenir un fonctionnement occlusal idéal.

Gestion du stress et de la douleur chronique

Hypnose et sadam
L’hypnose est une technique efficace pour traiter la douleur chronique et les états émotionnels « en tension ». Elle accompagne le traitement du Sadam.

Hypnose, acupuncture, phytothérapie, sophrologie, psychothérapie: ces techniques holistiques d’accompagnement de la douleur inflammatoire et de l’état émotionnel peuvent aider grandement à améliorer les symptômes.

Injection de toxine botulique ou Botox

La toxine botulique est une neurotoxine qui agit au niveau des muscles, comme une paralysie partielle, transitoire et réversible. Les injections permettent, pendant quelques semaines à plusieurs mois, de relâcher les muscles masticateurs, corrigeant une hypertrophie et calmant la douleur.

C’est le fameux Botox que les stars se font injecter dans le visage pour supprimer les « muscles à rides »! Mais le traitement est très utile dans différentes pathologies.

Cela peut aussi aider le médecin à pratiquer certaines interventions sur la mâchoire, sans douleur pour le patient.

Chirurgie de l’ATM

La chirurgie arrive en dernière intention, quand aucun des traitements conservateurs n’a fonctionné, en cas de problèmes articulaires majeurs, ou bien en cas de traumatismes urgents bien sûr.

Des greffes peuvent être envisagées pour reconstituer l’appareil cranio-mandibulaire. Mais des techniques chirurgicales moins invasives peuvent aussi être prévues pour nettoyer l’articulation ou injecter des médicaments par arthrocentèse.

Prévenir le Sadam et les troubles de la mâchoire

Quelques mesures simples peuvent vous permettre de prévenir un Sadam, si vous ressentez des signes annonciateurs ou si vous sentez que vous faites subir beaucoup de tension à votre mâchoire. Ces mesures vous permettront aussi de prévenir une rechute ou d’accompagner le traitement prescrit par votre équipe médicale.

Il s’agit de maintenir votre ATM (articulation temporo-mandibulaire) et tous les muscles qui y sont liés dans le meilleur état de marche possible, tout en gérant au mieux votre état émotionnel et votre état de santé en général.

Nous vous proposons de :

  • Pratiquer des exercices buccaux avec un appareil dédié : le Head Balance ou bien le système ORA, qui permettent de stimuler de façon équilibrée les muscles de l’ATM.
  • Pratiquer des exercices de gym de la mâchoire : une routine d’exercices quotidiens pour relâcher, étirer, remuscler la zone, grâce à cette vidéo de « L »Ostéopathe »:
  • Avoir une bonne hygiène alimentaire : attention aux sandwichs, chewing-gums, aliments durs.
  • Avoir de bonnes habitudes comportementales : attention aux bâillements (vous pouvez utiliser votre poing, sous votre menton, pour contrôler l’ouverture de la bouche pendant un bâillement, ou bien votre langue appuyée à votre palais), ne pas dormir sur la mâchoire, ne pas laisser sa mâchoire sur sa main pendant un cours, ou en lisant…
  • Pratiquer des exercices de relaxation pour éviter les tensions inutiles sur la mâchoire et le corps en général.

Conclusion

Le patient atteint de Sadam est à bout… Des douleurs chroniques difficilement supportables, une longue errance diagnostique souvent malheureusement suivie par une errance thérapeutique: on ne sait pas à quelle spécialité se vouer…

L’appareil complexe de notre système de mastication a un rôle très important au niveau postural: comme l’oreille interne, il envoie des informations capitales au cerveau pour gérer l’équilibre et la posture du squelette. C’est pourquoi tout dysfonctionnement influe sur le corps en général, et provoque des douleurs à distance.

Autre facteur important : le stress et l’anxiété, deux « maux du siècle » qui influent largement sur les contractions involontaires de la mâchoire et fatiguent l’articulation ainsi que ce délicat équilibre droite-gauche à protéger.

Heureusement un mieux-être est possible! Il ne faut pas hésiter à consulter en parallèle un médecin, un ostéopathe et un stomatologue. Puis il faut avoir recours aux approches thérapeutiques multiples: associer massages du kiné, gouttières occlusales du dentiste, manipulations de l’ostéo, acupuncture et hypnose! Le Sadam ne sera plus qu’un vilain mot du passé.

Le Sadam : mieux connaître une pathologie difficile
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Auteur(s) de l'article
Armelle Cassanas
Armelle Cassanas
Armelle est spécialisée dans la linguistique médicale, via l'analyse des concepts attachés aux maladies et aux médicaments. Pour Dentaly, elle condense ses recherches autour de l'expérience des patients et des soignants, ainsi que son étude des recommandations santé et bien-être.
Sources
Université de Lorraine. Thèse en odontologie. Traitements des dysfonctions cranio-mandibulaires [en ligne]. <http://docnum.univ-lorraine.fr/public/BUPHA_TD_2013_MUNIER_FABIEN.pdf> Consulté le 29 avril 2020 Site de l’assurance maladie. Fiche d’information. Malpositions dentaires et conséquences [en ligne]. <https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/malpositions-dentaires/comprendre-malpositions-dentaires> Consulté le 29 avril 2020
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